Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 13:48

 

A  PROPOS  DES  DESERTS  MEDICAUX

Une adjointe au maire de Dijon, pharmacienne de son état, propose que les vétérinaires remplacent les médecins, en cas d’urgence, pour faire face aux déserts médicaux. Cette proposition, qui prête à sourire, n’est pas dénuée de bon sens, pour ceux qui ont encore en mémoire ce qu’avait dit le Général, il y a quelques années, en parlant du peuple français. Il était question, si je ne m’abuse, de quelque cinquante millions de veaux.

Alors, où est le problème ?


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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 18:13

 C'EST  LA  FORÊT  QU’ON  BRÛLE

 

Plus d’une fois, ces derniers jours, j’ai suivi à la télé les comptes-rendus des feux de forêts qui ont détruit une grande partie de notre parc naturel. Ces comptes-rendus - présentés un peu, comme une étape du  tour de France cycliste ou comme un match de la coupe du monde de football - me mettaient hors de moi.

On ne m’enlèvera pas de l’idée que, devant leur poste de télévision, les salopards, qui ont mis le feu à la forêt, se sont régalés en regardant flamber les tamarins et autres espèces endémiques. Si un seul de ces salopards venait à se faire prendre – ce dont je doute, malheureusement – il se trouvera toujours, comme le veut la loi,  un avocat pour le défendre, à moins qu’un psy  ne vienne témoigner de son irresponsabilité.

Après les incendies qui, l’année dernière, à la même époque, ont détruit huit cents hectares de forêt, les autorités avaient juré, la main sur le cœur, que pareille catastrophe ne se reproduirait plus. Toutes les mesures allaient être prises pour protéger notre parc naturel classé, avec nos pics et sommets, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Rien ou presque n’a été fait depuis, si bien que les incendies ont détruit cette année, trois fois plus de végétation.

Au cours de ces derniers jours, le représentant de l’Etat n’a cessé de répéter que l’heure n’était pas à la polémique mais au rassemblement. Quelques politiques se sont fait l’écho de ces déclarations, sans rien proposer pour résoudre les problèmes. S’il n’y avait pas eu cette polémique, les avions bombardiers d’eau n’auraient jamais quitté leur base et la forêt aurait peut-être brûlée entièrement. En ce qui concerne madame Bello, je dénie à quiconque le droit de parler de polémique. Notre députée maire a été la première à monter au créneau et c’est, en grande partie, grâce à sa détermination si les événements se sont accélérés. Après avoir traîné les pieds, d’autres l’ont rejointe et c’est tant mieux pour La Réunion et pour la biodiversité.

Lorsque l’incendie sera éteint, les leçons devront être tirées et la responsabilité des uns et des autres devra être établie. Il ne sera plus question, ensuite, de polémique mais de décisions à prendre. Il ne reste plus à espérer que ces décisions seront les bonnes et qu’elles n’attendront pas un an, pour être mises en œuvre.


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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 18:55

BENEDICTIO

Ce mardi 4 octobre 2011, à la page 3 du journal de l’Ile, l’image d’un prêtre (photo AFP) bénissant des téléphones portables, attire mon attention. La photo est accompagnée d’un texte, qui nous apprend que la bénédiction a eu lieu, à l’occasion de la Saint Gabriel – patron des transmissions – dans une église du centre de Nice, en présence de 400 fidèles. Cette cérémonie aurait même reçu l’accord de l’évêque.

La marque des appareils n’apparaissant pas sur la photo, on peut difficilement parler d’une opération publicitaire. Mais alors, me direz-vous, à quoi bon se formaliser ? On bénit bien les barques des pêcheurs, les outils agricoles et autres engins motorisés. Pour comprendre le sens de mon article, il faut donc revenir quelques années en arrière. Je veux parler d’une époque où quelques démarcheurs, peu scrupuleux, écumaient les Hauts de notre île en proposant à de braves gens, aveuglés par leur foi, des draps mortuaires bénis par le Pape.

A son insu, ce prêtre ne risque-t-il pas de devenir l’inspirateur d’une nouvelle escroquerie visant à abuser les mêmes, en leur proposant des téléphones portables bénis, cette fois, par le Pape ? Dans le sillage de leurs aînés, certains n’hésiteraient pas, aujourd’hui encore, à franchir plus de 10.000 kilomètres, pour tondre une frange de la population, réputée fragile, à bien des égards ?

Les temps ont changé et je reste persuadé que les autorités feraient preuve, aujourd'hui, d'une plus grande vigilance.


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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 16:05

 

ET  POUR..QUELQUES  BARILS  DE  PLUS

 

La guerre en Libye s’achève. Certains prétendent même qu’elle serait terminée. Le Peuple Libyen est enfin libre comme le sont, aujourd’hui, les peuples égyptien et tunisien. Le Guide est mort, ou presque; pourtant, il bouge encore. Quelque part, au sud de Tripoli, ses fidèles continuent de mener la vie dure aux rebelles.

En 1945, La conférence de Yalta avait permis aux Etats-Unis, à l’URSS et au Royaume-Uni de se partager le Monde. La France, hélas, n’avait pas été invitée. Le premier septembre 2011, une autre conférence, baptisée celle-là : Conférence du Groupe de Contact – devenue, Groupe des Amis de la Libye Nouvelle – s’est réunie, pour parler de la reconstruction de la Libye avec en filigrane le partage, non pas du monde, mais du pétrole libyen.

Pour avoir été à la pointe du combat, la France compte bien en tirer bénéfice. Les délégations d’une soixantaine de pays et d’organisations internationales qui se sont pressées autour de la table... à manger la Libye, ne l’entendent pas de cette oreille et, lorsque les combats auront vraiment cessé, le tarmac des aéroports libyens risque fort d’être encombré.

En attendant, « il court il court le furet… ». On le dit au Niger, peut-être même au Burkina Faso et, pourquoi pas en Libye, comme le Guide, lui-même, vient encore de l’affirmer, dans un message audio ? Moi, je ne peux vous dire qu’une chose: « Suivez le guide et n’oubliez pas le pourboire, lorsque vous l’aurez capturé ».


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Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 12:34

 

MORT  POUR  LA  PATRIE

Avant d’être tué au combat, le 5 septembre 1914, Charles Péguy avait écrit :

« Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre !

Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés ! »

 

Peut-on encore parler de juste guerre ? C’est la question que je me pose. Sont-ils heureux, ceux qui ont perdu la vie dans des guerres qui ne portent pas toujours leur nom ? Si seulement, Péguy pouvait nous faire un petit signe…

J’avais dix ans lorsque, notre maître nous apprenait des chants patriotiques qui faisaient vibrer nos coeurs de jeunes écoliers. Je me souviens de ces paroles – à la gloire de ceux qui mouraient au combat, pour une cause sainte – que nous reprenions en chœur, convaincus de leur sincérité :

« Mourir pour la Patrie ; c’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie ». Ma Patrie c’était, hier, la France. Elle se trouve aujourd’hui, aux quatre coins du monde, de préférence, sur des terres riches en pétrole ou en minerais. Pour cette patrie là, je ne veux plus que nos enfants donnent leur vie. Pour cette patrie là, je ne peux plus supporter les larmes de pauvres gens qui ont perdu un fils, mort pour une cause que je n’arrive toujours pas à saisir.

 

 


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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 22:22

LA  MALADIE  DU  CONCOMBRE

Après la vache folle (maladie de Creutzfeldt-Jakob) voici venue la maladie du concombre. S’il n’y avait pas, notamment en Allemagne, les dix huit morts et les centaines d’hospitalisation, cette histoire de concombres venus d’Espagne prêterait, sinon à rire, du moins à sourire. Ceux qui ne rient pas, mais alors pas du tout, ce sont les maraîchers espagnols montrés du doigt, dans un premier temps, par les autorités sanitaires. Le problème, pour ces pauvres gens, c’est que le doute s’est installé dans l’esprit des consommateurs qui font fi, depuis, des cinq résolutions pour manger cinq fruits et légumes par jour. Déjà que les prix à la consommation n’incitaient pas à le faire…

Quant aux malheureux cucurbutacés, qui seraient – c’est un comble – en passe d’être innocentés, ils ont disparu des étals depuis leur mise en accusation et s’entassent dans des chambres froides en attendant qu’il soit statué sur leur sort. Cette mise en examen du concombre espagnol, même si elle se termine par un non-lieu laissera des traces dans les pays (Espagne et Portugal) concernés. Quand on connaît les difficultés économiques et financières auxquelles ces pays sont confrontés, il y a de bonnes raisons de s’inquiéter…

Si, à ce jour, la bactérie ( E. coli ) a pu enfin être identifiée, Il n’en reste pas moins vrai que les scientifiques ne sont toujours pas remontés jusqu’à la source de la contamination. Et s’il s’agissait de bioterrorisme agricole ? …


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Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 12:44

 

ECCE   HOMO

Quelque part, dans le monde, la porte d’un commissariat s’ouvre toute grande pour laisser sortir un homme, menotté, encadré par des policiers. Voici l’homme qu’attendait une nuée de journalistes. Cet homme n’est pas Jésus, battu et couronné d’épines. Les traits tirés, les yeux hagards, épuisé par une longue garde à vue, il sera présenté à un juge.

Non, cet homme n’est pas Jésus et le juge qui l’attend n’est pas non plus Ponce Pilate. Ce dernier avait cherché des échappatoires pour libérer Jésus. L’homme qui monte dans le véhicule de police n’aura pas cette chance. Est-il coupable du crime dont on l’accuse ? Oui, dit le procureur ; non disent ses avocats. Et toi, l’homme de la rue, que dis-tu ?...

La meute des journalistes ne veut pas, quant à elle, lâcher sa proie et la poursuivra, si nécessaire, jusqu’au Golgotha. Mais, la route qui mène au Golgotha est encore longue et l’homme, qui n’est pas Jésus, ne risque pas la crucifixion quoi qu’il ait pu ou n’ait pu faire. Le catholique pratiquant aura plus d’une fois répété au moment de la communion : « Seigneur J.C, que cette communion, à ton corps et à ton sang, n’entraîne pour moi ni jugement, ni condamnation ». S’en souviendra-t-il-t-il, lorsqu’il verra sur son écran de télévision l’image de cet homme, traité comme le criminel le plus dangereux de l’histoire de ce Pays ? Pas si sûr… Ce sont, nous dit-on, les lois de ce grand pays démocratique et tous ceux, faibles ou puissants, qui mettent les pieds sur son territoire, ont obligation de s’y soumettre.

 Objection, votre Honneur ! Que faites vous de la présomption d’innocence, qui vous est si chère ?


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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 12:59

CABOT

Antilde, connu dans le village sous son seul prénom, ne faisait plus, ces dernières années, que de brèves apparitions entre le stade et le bureau de loto situé au plus près des sang-dragon. Entre deux séjours à l’hôpital, le vieil homme se déplaçait péniblement en s’appuyant sur un bâton. A ses côtés, son fidèle compagnon épiait ses moindres gestes et se tenait prêt à lui porter assistance, en cas de chute. C’est de ce petit chien que j’aimerais vous parler, maintenant qu’il a rejoint son maître dans un monde qui ne peut être que meilleur, pour l’un comme pour l’autre.

Lorsque j’ai interrogé son maître afin de connaître le nom de son ange gardien, il m’a répondu, en créole et sur un ton désabusé: "Nana in pé d’moune i appelle à li cabot (il y a quelques personnes qui l’appellent cabot)." En fait, le petit chien, un Royal Bourbon de pure race, n’a jamais eu de véritable identité pas plus qu’il n’a jamais figuré sur le registre d’un quelconque vétérinaire.

        Cabot, appelons le ainsi, aurait pourtant mérité d’être reconnu, ne serait-ce que pour la fidélité qu’il témoignait à son maître. Je me suis souvent dit que ce petit chien aurait mérité une médaille. Tant de gredins ont parfois été décorés alors qu’ils auraient mérité de se retrouver derrière les barreaux. Je me souviens de cette fois où Antilde avait chuté sur le bord de la route et s’était fait quelques écorchures. Interpellé par un témoin de la scène, j’avais fait monter dans ma voiture, le maître et son chien pour les reconduire chez eux. Tandis que je conduisais, Cabot était passé du siège arrière à celui de devant sur lequel son maître était affalé. Le spectacle de ce petit chien, léchant les blessures de son maître en poussant de petits gémissements, m’avait ému aux larmes et je m’étais promis de ne jamais le laisser tomber s’il arrivait malheur à son maître.

    Quelques mois plus tard, ce devait-être un samedi après-midi, je m’apprêtais à sortir de chez moi lorsque mon voisin est arrivé, avec un petit chien sur ses talons. Nous avions déjà trois chiens et une bonne douzaine de chats à nourrir. Malgré notre amour pour les animaux, Yvette et moi n’étions plus en mesure d’accueillir un nouveau pensionnaire. Après l’avoir fait monter dans ma voiture, je l’ai raccompagné au-dessus de l’église, à l’endroit, proche d’une pharmacie, où mon voisin l’avait rencontré. J’ai du m’y prendre par deux fois car, la première fois, il était déjà à la maison lorsque je suis descendu de ma voiture. Bon sang me suis-je dit, d’où vient ce pauvrechien et, surtout, pourquoi est-il venu se réfugier chez nous ?

Je n’ai pas eu à, trop longtemps, m’interroger puisque, le lendemain, j’apprenais le décès d’Antilde. Ainsi donc ce chien, que j’avais refusé d’accueillir était celui-là même, qui n’avait cessé de susciter mon admiration. Pris de remords, je suis allé à la recherche de Cabot que je n’ai retrouvé nulle part. A l’enterrement, j’ai insisté auprès des parents d’Antilde pour qu’ils recueillent celui qui avait été le seul véritable ami du pauvre homme.

Quelques semaines plus tard, je les ai de nouveau rencontrés et, le cœur serré, j’ai appris que Cabot, refusant obstinément toute nourriture, s’était laissé mourir pour retrouver son maître.Ces quelques lignes me permettront peut-être de faire le deuil d’un petit chien qui n’a pas fini de hanter mon esprit. Quant à vous, qui me lirez peut-être, soyez indulgents pour ceux qui aiment les animaux, sans pour autant se désintéresser de la condition humaine.


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Samedi 2 octobre 2010 6 02 /10 /Oct /2010 20:51

LE  FIL  DU  SEIGNEUR

C’était en 1972 la sortie du film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » dans lequel, Jean Yanne, acteur et producteur, avait choqué les âmes sensibles en tournant en dérision certaines pratiques religieuses. S’il était encore de ce monde, l’acteur et producteur se serait régalé avec « Le fil du Seigneur ».

A l’occasion d’un séjour dans l’Hexagone, j’ai découvert, dans une petite paroisse du midi, le paiement du denier du culte par prélèvement bancaire. Le croyant, que je suis, s’est offusqué de cette pratique qui relève plus d’une stratégie commerciale que d’une démarche spirituelle.

Aujourd’hui, les sommets ne sont encore pas atteints avec cette histoire de confession par téléphone, facturé à 34 centimes d’euro la minute. Bientôt, on va nous proposer la confession par visioconférence. Ce sera un peu plus cher, mais nous aurons l’image en plus du son.

Si l’on se réfère à ce qu’ont écrit Jean et Mathieu, Jésus, dans une sainte colère, a chassé les marchands du temple, à coups de fouet. Aujourd’hui, l’utilisation du fouet n’est plus autorisée, même dans les écoles, mais on peut toujours penser qu’il y a des "coups de pied au cul" qui se perdent.

Les mois ont passé et je n'entends plus parler du "Fil du Seigneur". Les concepteurs de ce projet se seraient-ils défilés?   


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Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /Août /2010 15:17

LA   NOUVELLE

 

Après avoir longtemps contemplé le cirque de Mafate, du haut de ses remparts, j’ai voulu voir de plus près, un de ces îlets qui surplombent le lit de la Rivière des Galets. Ce 29 juillet, soit huit jours après la mémorable randonnée qui nous avait conduits de l’îlet Alcide au Maïdo, nous avons pris, dès six heures du matin, la .route de Salazie.

 

Il nous a fallu un peu moins de deux heures, pour arriver jusqu’au bout de la route forestière où, moyennant quelques euros, nous avons laissé nos voitures sur le parking gardé. La température en cet endroit, était plutôt fraîche. Il faisait tout au plus huit degrés et j’ai vite remonté la fermeture éclair de mon K-way, pour ne pas prendre froid.

 

A quelques mètres de là, une petite buvette propose aux randonneurs des boissons chaudes et de quoi se restaurer. Tandis que ma sœur Marie-Thérèse et mon ami Nicol commandent un thé bien chaud, Marie-Lys, mon frère Jean et moi faisons les premiers pas sur le chemin qui conduit au Col des Bœufs. Lorsque Nicol et Marie-Thérèse nous rejoignent quelques minutes plus tard, nous ne remarquons même pas que notre ami Nicol n’a plus le bâton qui l’accompagne dans toutes ses excursions.

 

Le Gros Morne

Au bout du chemin, commence la descente sur La Nouvelle. Le sentier est d’autant plus glissant qu’il a plu la nuit précédente. Nous marchons avec précaution pour ne pas nous retrouver sur les fesses et peut-être même au fond de quelque ravin. Je suis le seul à n’avoir jamais mis mes pieds à La Nouvelle et j’ai hâte de découvrir cet îlet, parmi les plus fréquentés du Cirque, surnommé, avec humour, capitale de Mafate.

georg1 

Après moins d’une heure de marche, nous arrivons dans la Plaine des Tamarins. Nous découvrons, avec ravissement, une forêt de tamarins des hauts. Beaucoup de ces grands arbres sont recouverts de ce qui me semble être du lichen et qu’on appelle plus communément : « barbe de Saint-Antoine ». Sur le sentier, tapissé de rondins, en de nombreux endroits, nous croisons de nombreux randonneurs qui ont passé la nuit dans le Cirque. Il y a, parmi ces gens, beaucoup de « zoreils » équipés de cannes de marche mais, ce qui retient le plus mon attention, c’est la présence, sur le sentier, de très jeunes enfants. Ces derniers n’ont pas l’air de souffrir et je trouve cela plutôt rassurant.

Après deux heures de marche, nous arrivons aux portes de La Nouvelle. Nous nous engouffrons dans la première allée venue et découvrons sur notre gauche une boulangerie ; c’est du moins ce qui est écrit sur la façade de la petite maison. Attablé sous la varangue, un individu à la mine renfrognée ne répond que par un grognement à nos interrogations. Nous cheminons entre des maisons aux volets clos. Dans les allées, il n’y a pas âme qui vive et nous avons l’impression de traverser un village fantôme.

 

Une pluie fine commence tout juste à tomber. La petite église, devant laquelle nous venons de nous arrêter, n’a pas ouvert ses portes pour nous permettre, sinon de prier, du moins de nous abriter. Dieu refuserait-il l’hospitalité à ses enfants ? C’est une éventualité que je n’ose imaginer. Un peu plus loin, le préau de l’école sera-t-il plus accueillant ? Notre illusion est de courte durée; le bâtiment est clôturé et le portail fermé avec un gros cadenas.

 georg2.JPG

Pique-nique à la Nouvelle

 Entre temps, Marie Thérèse a réussi à se procurer, non sans mal, un repas chaud et promène sa barquette, à la recherche d’un abri. Un groupe de jeunes randonneurs a trouvé refuge sous un bouquet d’arbres. Nous nous rapprochons du groupe et prenons possession d’une table en bois, restée libre comme par enchantement. Le temps maussade n’incite pas vraiment au pique-nique. Devons nous pour autant reprendre la route avec le ventre vide et le sac à dos chargé de victuailles ? La décision est vite prise et nous sortons de nos sacs la charcuterie et les baguettes de pain en nombre conséquent.

 

La petite bouteille de vin qui avait apparu à l’îlet Alcide, quelques jours auparavant, vient juste de réapparaître. A moins que je ne sois atteint de diplopie, la présence, sur la table, d’une deuxième bouteille en tous points semblable à la première laisse à penser que mes compagnons ne sont pas insensibles au « fruit de la vigne et du travail des hommes ». C’est peut-être ce petit remontant qui m’a manqué, lorsqu’après le repas nous avons attaqué la rude montée qui mène au Col des Bœufs.

Avant de prendre la route, je me dirige vers les toilettes lorsque Marie-Thérèse m’arrête dans mon élan. Il est préférable me dit-elle de poursuivre ton chemin. Tout laisse supposer qu’une visite à madame Paul – c’est ainsi que les réunionnais appelaient autrefois leurs lieux d’aisance ou leurs chiottes, si vous aimez mieux – sans la mise en garde de ma frangine, n’aurait pas manqué de me faire dégueuler. Excellent pour le tourisme, me suis-je dit…Petite précision : A cette date, nos remparts et nos pitons n’étaient toujours pas classés, au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Il est aux environs de quatorze heures et le petit village n’est toujours pas sorti de son coma. Nous attaquons gaillardement, les premières rampes alors que la pluie a cessé de tomber. Mes compagnons de route me suivent sans difficulté, persuadés que, dès les premiers kilomètres, ils auront, vite fait, de me dépasser. De mon côté, j’ai hâte de me rapprocher du sommet. Au bout d’une demi-heure de marche, Marie-Thérèse ne tarde pas effectivement à me dépasser, imitée en cela par Marie-Lys et Jean qui ont trouvé leur rythme de croisière. Un peu en retrait, mon ami Nicol a, quant à lui, ralenti pour mieux assurer la sécurité de son vieux camarade. Il faut dire que, depuis deux ans, nous marchons du même pas, ou presque, sur les routes et chemins des hauts de Saint-Paul.

 

La montée est de plus en plus difficile et le sol de plus en plus humide. Les marches creusées dans la terre deviennent glissantes ; et puis, il y a ces planches en travers du chemin, pour retenir la terre. C’est en posant mon pied sur l’arête d’une de ces planches que je dérape ; entraîné par le poids de mon sac, je pars littéralement en vrille avant de m’étaler, de tout mon long, sur le sentier. Mon ami Nicol se précipite à mon secours tandis que le reste de la troupe continue de s’éloigner. Je ne souffre pas, mais j’ai l’impression d’être scotché au sol. Nicol essaie, tant bien que mal, de me relever et finit par y parvenir. Je n’ai rien de cassé et nous reprenons notre chemin en redoublant d’attention.

Un peu plus loin, nous parviennent les appels de nos compagnons qui commencent à s’inquiéter. Le dernier kilomètre est le plus dur mais ils nous rassurent en nous disant que le sommet est proche. Un dernier effort et nous retrouvons effectivement le Col des Bœufs que nous avons laissé, le matin même. Il fait moins froid mais le brouillard  s’est déjà répandu sur la nature environnante. Nos voitures ne sont plus très loin ; le bâton que Nicol avait oublié a disparu et il n’aura plus qu’à fabriquer un autre bâton, peut-être pas aussi solide.

 

Après avoir rangé nos affaires dans le coffre des voitures il ne nous reste plus qu’à prendre la route qui doit nous conduire à Bois-de-Nèfles Saint-Paul. Pour quitter le parking, nous devons passer entre les barrières métalliques, disposées ici et là. Je démarre le premier et fonce « capot baissé », dans la chaîne tendue entre deux barrières, par une main intelligente. Le brouillard m’avait caché ce piège à touristes qui aurait pu me coûter en plus d’un pare-brise, mes essuie-glaces et mon antenne-radio. Fort heureusement, il n’en a rien été et nous avons pu continuer notre route après que Nicol, descendu de voiture, ait réussi à me débarrasser de cette fichue chaîne.

 

Cette randonnée ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Si j’ai beaucoup apprécié la sérénité des lieux, j’ai autant regretté de n’avoir pu communiquer avec les habitants de l’îlet.

 

André Gide a écrit : « Familles ! Je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur ». (Les Nourritures terrestres). Quel rapport me direz-vous avec La Nouvelle et ses habitants ? Aucun, vous répondrai-je.


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  • : actualités; Métropole; Réunion; sérieux; dérision. Actualité
  • : Ce blog a pour objectif la mise en exergue de certains comportements liés à des phénomènes de société concernant aussi bien "L'Hexagone" que le département de La Réunion. L'auteur de ce blog se propose de mélanger le sérieux à la dérision...
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